09 Mar 2017
  • Conférencier: Thomas CHARTIER

Apprentissage associatif et pensée : de l'animal à l'homme

Quiconque prête attention à l’enchaînement des pensées dans sa tête se rendra compte qu’il effectue des associations de pensées, qu’il navigue entre des pensées possédant des liens entre elles. La vue d’un visage peut évoquer un prénom, une odeur particulière évoquer un lieu, un mot évoquer un autre mot, le souvenir d’une musique évoquer un sentiment. Sans cesse, notre esprit passe d’une pensée à la suivante, parce l’une appelle l’autre, parce qu’elles se ressemblent ou se complètent.

Ces associations de pensées sont omniprésentes, dans notre vie éveillée tout comme dans nos rêves, et constituent en réalité les mécanismes fondamentaux par lesquels nous construisons nos représentations du monde qui nous entoure. Tout au cours de notre vie, nous apprenons et retenons les liens existant entre les objets de notre environnement. Ainsi, parce que l’on a appris que Laurent est marié à Anna, parce que l’on a appris et retenu le lien entre ces deux personnes, penser à Laurent nous fait penser à Anna, et réciproquement. Grâce à ces associations, nous nous imprégnons de la structure de notre environnement, et cette représentation à son tour structure notre pensée.

Comprendre les mécanismes biologiques par lesquels ces associations se forment est donc central pour mieux appréhender le fonctionnement du cerveau humain.

A ces fins, l’étude de l’intelligence animale a grandement complémenté la médecine humaine, et la recherche en biologie permet aujourd’hui d’éclairer avec un grand détail les liens entre matière biologique et activités du cerveau.

On sait depuis les environs de 1900, grâce notamment aux travaux de Pavlov et Thorndike, que ces phénomènes associatifs existent chez les animaux, certes sous des formes plus simples, mais selon les mêmes principes. Un son peut évoquer un danger, une lumière évoquer une nourriture, une odeur évoquer un partenaire sexuel. De plus, les mêmes unités biologiques, les neurones, sont à l’œuvre dans le cerveau de tout animal comme de l’homme, en particulier lors de l’apprentissage et du rappel associatifs. Or, chez les animaux étudiés en laboratoire, les possibilités expérimentales offertes par la génétique et la microscopie sont immenses par rapport à ce qui est possible chez l’homme.

En choisissant comme modèle d’étude des animaux au cerveau plus simple, tels que la souris, la mouche drosophile ou le ver marin, on est capable d’identifier les neurones impliqués dans l’apprentissage associatif, donc de comprendre la dynamique de « pensée » de ces animaux, et donc d’en apprendre plus sur les fondements de notre propre pensée.

Après avoir présenté et illustré la place centrale qu’occupe la dynamique associative dans la pensée humaine, j’expliquerai comment la recherche sur l’apprentissage associatif chez les animaux nous renseigne sur le cerveau humain, et ce qu’elle peut nous apporter, sur les plans biologique, médical ainsi que philosophique. Je montrerai pour cela des exemples concrets de projets en laboratoire, incluant mes travaux actuels de doctorat.


Thomas CHARTIER, polytechnicien, Doctorant en Génétique Evolutive du Développement au Laboratoire Européen de Biologie Moléculaire à Heidelberg (Allemagne).